Echappée Belle - 149km - 11 400 m de dénivelé, cette année, mon objectif est un peu relevé, je sais aussi que c'est une des courses les plus techniques mais je suis inscrit, je serai donc au départ.

Une préparation par forcément top, des problèmes aussi mentaux mais je sais que mes suiveurs habituels seront présents et ça redonne le sourire.

Nous sommes le vendredi 23 Aout et nous sommes à Vizille près de l'arche de départ. Le débriefing commence, " Bonjour, j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle, la mauvaise c'est que 50% d'entre vous n'iront pas au bout", petit blanc… tout le monde se regarde (c’est toi ou moi qui ne vais pas finir ?), " la bonne nouvelle par contre, les 50 % qui auront le plaisir de secouer la cloche auront une sensation qui ne ressemble à aucune autre course. Il y a 3 mots importants «gestion, gestion et gestion ». Niveau pression, on est bien.

 

Le départ est donné à 6h du matin, nous courons dans le parc d'un château et après seulement quelques kilomètres, nous débutons la première ascension et il y a déjà des cailloux. Les paysages sont magnifiques, la montagne est belle, très dure mais vraiment belle. Les montées s’enchaînent, les descentes aussi mais ça on le sait et ça devient de plus en plus technique. J'atteins le sommet de la course (croix de Belledonne : 2 960 m d'altitude) le vendredi vers 14h, je me sens bien et n'oublie pas les mots du débriefing, gestion, gestion, gestion...  On traverse des chants de pierre et on ne fait que  sauter de pierre en pierre, nous traversons des névés de plusieurs centaines de mètre et à chaque fois que nous atteignons un sommet, c'est magique. Le nuit tombe alors que je monte le col de la vache, on m'en a parlé, putain la vache...!

J'arrive à la première base vie et retrouve ma sœur avec mon père qui sont venus me soutenir. Il est minuit, je ne suis pas fatigué, un repas, on remplit les gourdes et on repart. Je commence à avoir une douleur dans le dos, mon cardio m'irrite, on verra ça plus tard. Il est 6 h du matin samedi quand j'arrive au ravito suivant (je me fais strappé par la croix rouge pour mon problème de dos), je dors 30 min et repars pour la grosse difficulté, Moretan 1500m de dénivelé sur 7km, je vais mettre 4h pour atteindre le sommet. Le soleil se lève et je me retrouve avec un coup de soleil sur les mollets.  On finit cette montée par de l'escalade, bâtons sur le sac et la descente est encore pire, je n'avais jamais fait une descente aussi dure... Après 30h de course, j'ai mon premier coup de mou qui va me suivre pendant 3h. Arrivé à Super collet, un copain est là pour m'accompagner jusqu'au prochain ravitaillement (7h de course), le moral revient et après 120 km nous avons fait 10 000 m de dénivelé, nous arrivons à l'avant dernier ravito, il reste donc 30 km avec 1 400 m (le ratio depuis le début est de 16km pour 1500m de dénivelé) la fin de course sera plus calme, les difficultés sont terminées (mais pas les surprises !). Je dors de nouveau 30min et repars. J'entame ma seconde nuit dehors. Le profil est descendant, mais toujours technique avec des cailloux, des cailloux et encore des cailloux. J'oublie mes bâtons à un point d'eau, obligé de me taper les 150m de dénivelé que je viens de descendre pour retourner les chercher… J'aime me mettre des difficultés inutiles !

Dernier ravito après 47h de course, je suis ko mais je sais que c'est bientôt fini. Je dors de nouveau 30 mn dans une yourte, et repars pour la dernière ligne droite, 600 m de D+, enfin les derniers et sans les cailloux, on peut dérouler tranquillement. Dernière descente, je suis bien et cours toujours et remercie le fameux gestion gestion gestion...

Ma sœur est en retard, je ralenti à la fin pour ne pas arriver seul.

J'arrive sur Aiguebelle, il est 9h20 et après 51h20 je deviens Finisher de cette course de dingue et je vais enfin pouvoir boire une bière! Le speaker avait raison lors du débriefing, la sensation est encore plus intense lorsque l'on sonne cette cloche de Finisher! Nous avons eu un détour du parcours initiale (1h avait été ajouté aux barrières horaires) et il semble que nous avons fait 154 km pour 11 900 m de D+.