2 Gambettes Annick et Cricri accompagnées de 2 copines Gene et Krolinette prennent le départ du chemin au petit matin  vendredi 26 mai à Chasseradès (1200 m)  

Un peu d’histoire quand même ; en fait le chemin commence  réellement à Monastier sur Gazeille plus au nord et au sud du Puy en Velay. Puy en Velay  que nous avons visité la veille.

C’est de ce point qu’en 1878  Robert Louis Stevenson, aventurier et jeune écossais de 28 ans cheminera avec son ânesse Modestine jusqu’à st Jean Du Gard.

Notre voyage se déroulera sans l’aide de Modestine et c’est La Malle Postale qui portera de gite en gite nos affaires personnelles pendant les 5 jours de randonnées.

Mais au fait pourquoi ce périple ? Simplement partager cette expérience entre filles  et partager des moments de complicité. Pour Annick et moi la randonnée sur plusieurs jours était complètement nouveau. John Muir écrivain et naturaliste du 19ème siècle a écrit :

« La paix de la nature va s’infiltrer en vous comme les rayons du soleil pénètrent les arbres. Le vent va vous insuffler sa fraicheur et les orages leur énergie, en même temps que les soucis tomberont comme les feuilles d’automne » C’est aussi cela que nous recherchions !

 

1 ER JOUR : sous le soleil, sac à dos bien en place, bâtons, crème solaire et couvre-chef  indispensables  nous voilà prêtes  à gravir tous les sommets  et surtout prêtes à vaincre la Bête du Gévaudan car nous nous trouvons encore  dans le pays où la bête féroce sema la terreur 100 ans avant le passage de Stevenson.  Mais avec le bruit que nous faisons c’est bien  la bête qui aurait pris la poudre d’escampette !

Nous traversons la forêt domaniale du Goulet où le Lot prend sa source ; déjà tous nos sens se mettent en marche …l’odeur des épicéas des pins sylvestres, des hêtres et des champignons. Plus loin la  senteur parfois entêtante des buissons de genêts, les splendides digitales… Nous nous émerveillons devant les papillons qui virevoltent et les abeilles qui  butinent ça-et-là… le murmure apaisant d’un cours d’eau … nous nous arrêtons souvent  pour immortaliser cette nature si belle et si généreuse …

Pas une âme qui vive  et seulement un couple avec leurs 2 enfants et Igor un âne au doux caractère  que nous retrouvons à l’heure du pic nique. J’ose à peine écrire mais vous le devinez nous causons beaucoup  et la bête du Gévaudan ………

Et c’est finalement 23 kms plus tard (4h40 de marche avec dénivelé + 300 et - 400)  que nous arrivons au Bleymard (1069 m).  Nous serons royalement accueillies par les propriétaires des lieux : Jacuzzi pour détendre nos gambettes, apéritifs à base de liqueur de sureau, de liqueur d’acacia, délicieux repas partagé avec un autre  groupe  de 6 femmes …. Imaginez un peu l’ambiance ! Quelle belle soirée entre rigolades et blagues de filles et pour 2 d’entre nous une nuit dans une roulotte (dépaysement garanti)

2 EME JOUR : toujours sous le soleil nous reprenons notre chemin. Cette fois le paysage est très différent, le Mont Lozère qui  s’étend d’ouest en est fait partie du domaine inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO au titre de l’agropastoralisme.  Mais rapidement en arrivant à la station du Mont Lozère  nous devons nous rhabiller car le vent souffle presqu’en tempête dû à la rencontre des masses d’air méditerranéennes et atlantiques. Et dos courbé nous nous élançons à travers les hautes montjoies de granit (monceaux de pierre indiquant notre chemin) pour atteindre le point culminant le pic Finiels à 1699 m. Quel panorama grandiose et on imagine la béatitude de Stevenson en arrivant avec son ânesse au sommet. De ce belvédère on peut contempler toutes les Cévennes, les Cévennes des Camisards  haut lieu de la résistance protestante.

Puis en redescendant le vent tombe, le paysage change et nous sentons de nouvelles odeurs méditerranéennes  celles-ci ; le sol que nous foulons est jonché d’aiguilles de pins. Comme c’est agréable de marcher sur ce doux tapis …Bientôt nous arrivons au Pont de Montvert  village aux 3 ponts. Ce petit village de 300 personnes environ grouille de touristes l’été. Mais lorsque nous arrivons au terme de 21 km  et 4h40 de marche  (dénivelé + 630 m et – 820  m) nous nous autoriserons un panaché dans un petit café avant de rejoindre l’Auberge des Cévennes perchée au- dessus du Tarn  quelques centaines de mètres plus loin.  Cette fois une chambre pour 4, WC et douche sur le palier (c’est beaucoup plus rustique mais ça aussi son charme). Une nouvelle fois le repas est frugal avec un sauté de sanglier que nous avons quasiment dévoré. Pas de veillée et extinction des feux vers 22 h.

3 EME JOUR : nous sommes prêtes à reprendre notre chemin à 9h30. Nous suivons encore le GR 70 mais nous raccourcirons le chemin de 8 km  en empruntant le GR 72. Ces 8 km n’ont pas beaucoup d’intérêt ; on évite ainsi Florac et quasiment 8 km de caillasses  très éprouvant aux dires de notre copine Geneviève qui fit ce chemin en 2014.  

Cette journée est encore magnifique avec un soleil resplendissant mais sans canicule alors qu’à Mâcon vous souffrez de ces chaleurs précoces ! Nous apprécions une relative fraicheur dans les forêts de châtaigniers et  espérons toujours croiser du petit gibier …. Mais nos conversations, nos rires doivent les effrayer ; pourtant des randonneurs nous ont dit avoir vu 2 lièvres et un perdreau. Seule une couleuvre croisera notre chemin !  La pauvre elle avait l’air tétanisé de voir 4 nénettes fort bruyantes venant déranger sa sieste… Pâturages de vaches Aubrac  se succèdent et nous sommes une fois encore émerveillées par ces jolies vaches à la robe unicolore qui varie du gris blanc au jaune orangé et aux  longues cornes recourbées : et dire que nous les avions confondues avec des taureaux.  Mais en observant de plus près c’était une évidence nous nous trompions.

Et bientôt  nous entrons dans le village désertique de Cassagnas. Une petite halte dans un ancien prieuré où la propriétaire ravie de tailler la bavette avec nous nous exprime son grand regret. Elle trouve que les villageois n’éprouvent guère d’intérêt pour la rénovation de ces maisons de pierre. Nous aurions aimé visiter le temple  protestant de Cassagnas mais il était fermé comme tous les lieux de culte aujourd’hui ; c’est bien dommage…  encore 2 kilomètres assez éprouvants sans doute à cause du bitume menant jusqu’au gîte d’étape à Espace Stevenson.

21 kms pour ce 3 ème jour et toujours 4h40 de marche ; nous sommes très régulières. Christine souffrant d’une douleur au genou ira tremper seulement sa jambe dans la Mimente, jolie rivière schisteuse : une sacrée partie de rigolade  (pas simple de ne mouiller qu’une jambe). Nous partageons notre chambre avec un couple de Lyonnais ; et figurez-vous que dans la discussion la dame possède le même nom que notre copine Krolinette ; il s’avère qu’elles sont de famille et pourtant ne se connaissent pas. D’ailleurs nous retrouverons ce couple sur les 2 dernières étapes.    

4 EME JOUR : et toujours ce ciel bleu dès notre réveil… c’est un plaisir de rechausser les chaussures de rando et de repartir toujours ensemble et unies. Cette avant dernière étape nous mènera à Pont Burgen. 21 km environ avec un dénivelé  de + 250 et – 200 m. Cette étape sera  plus facile que les précédentes et quand bien même  nous ne manquons pas d’énergie et nous sommes prêtes à atteindre tous les sommets même les plus difficiles ; notre corps et notre esprit sont à l’unisson et déjà une certaine sérénité nous envahit  toutes les 4 alors que nous  sommes parties bien chargées de stress, de préoccupations diverses, de tension …  

Nous traversons de pittoresques bourgs qui s’étagent sur une série de terrasses ; paysage complètement nouveau depuis notre départ. Mon dieu que la nature est belle, « que la montagne est belle » comme le chantait Jean Ferrat

Nous arrivons à Pont Burgen petit hameau  dépendant de St Etienne- Vallée française et une fois encore nous croisons peu de randonneurs et encore moins d’habitants.   

Le propriétaire du gîte semble aussi austère que sa propriété du 15ème siècle. Mais au fil des conversations pendant le diner le bonhomme un peu bourru se révèle être extrêmement intéressant et intarissable sur l’histoire de son village et surtout celle de sa propriété, ancienne magnanerie (de l’occitan « magnan » signifiant ver à soie). Nous retrouvons le couple de Lyonnais avec lequel nous partageons le dîner soigneusement concocté par le maitre des lieux (légumes et fruits de son verger)

Une nouvelle fois nous rejoignons notre chambre  pour une nuit réparatrice. Geneviève est toujours la 1ère à s’endormir mais nous lui emboitons rapidement le pas  après avoir bouquiné quelques lignes et  rapidement nous tombons dans les bras de Morphée.  Précisons qu’Annick a pris le soin de percer une petite ampoule (sans gravité)  venue s’installer alors que la crème NOK a bien été utilisée par nous toutes !  Cette crème est connue et indispensable pour les runners mais aussi pour les randonneurs.          

5 EME JOUR : nous voilà enfin prêtes pour affronter cette fois  19 kms  qui nous mènent à Saint Jean Du Gard

Le col  saint Pierre (596 m) sur la Corniche des Cévennes est  franchi après le pique-nique. Nous sentons déjà la chaleur plus méridionale. Ce sont aussi les Cévennes de la vigne et du mûrier. Cette vigne que Stevenson découvrit ravagée par le phylloxéra et donnant « une horrible piquette ». Mais nous nous ne buvons que de l’eau sur les chemins ! Puis ce sera une descente presque aux enfers empruntant un chemin très escarpé  et longeant pendant les derniers kilomètres le Gardon pour arriver enfin à Saint Jean du Gard   

Les propriétaires du gîte du Pré de Modestine ancien moulin du 16ème siècle sont très accueillants et leur propriété est magnifiquement arrangée ; c’est d’ailleurs le propriétaire Michel Verdier auteur et photographe qui a rénové cette très belle demeure chaleureuse et conviviale.  

Après avoir paisiblement apprécié l’espace détente nous passons à table et comme d’habitude l’appétit vient en mangeant. Un aligot de l’Aubrac délicieusement préparé par Mr et Mme Verdier est unanimement  apprécié par la grande table de randonneurs (15 Dijonnais et 4 Mâconnaises évidemment la soirée se termine par le ban bourguignon !)

C’est l’estomac un peu lourd que nous rejoignons notre couche et cette fois c’est notre dernière nuit et c’est un peu nostalgique que nous nous endormons rapidement.

6 EME JOUR ET RETOUR SUR MACON : les jours se suivent mais ne se ressemblent pas ! Pas de grasse ‘Mat car nous devons être prêtes pour 8h30. Un chauffeur de la Malle Postale nous conduira à Chasseradès lieu où nous avions laissé la voiture d’Annick. Une conduite un peu secouante pourrait gêner les estomacs fragiles …. Mais pendant 1h45 le conducteur nous servira de guide touristique et nous offrir même un café …

Arrivée à Chasseradès où nous retrouverons l’Audi pleine de poussière …. Un petit nettoyage gentiment fait par le maitre des lieux  pendant que nous achèterons la Stevenson blonde pétillante brassée en Haute Loire.

Conclusion : aucune fatigue même après 105 km, une formidable expérience partagée entre 4 copines ; ni tension, ni chrono que de franches rigolades et surtout ….une folle envie de renouveler l’expérience en 2018

Annick et Cricri 

Commentaires   

Craky
0 #9 Craky 23-06-2017 07:37
Super ce récit ... que je viens de prendre le temps de lire pendant qu'Iloé digère son bib ;-) ... Je serai peut être bientôt votre 5ème girl pour évacuer les tensions de 2017/2018 !!!
Citer
Coco
0 #8 Coco 13-06-2017 16:16
Bravo les bibiches !!! A vous lire, j ai vraiment eu l ' impression d ' être avec vous ... de m être infiltré par le biais des phrases qui défilaient devant moi . Ça donne réellement envie de vivre l ' aventure en temps réel ...merveilleux récit. Bises
Citer
Sylvie
0 #7 Sylvie 12-06-2017 17:47
Trop bien les filles, je suis partante!
Citer
Denis P
0 #6 Denis P 08-06-2017 19:43
Beau récit et belle écriture pas trop ampoulée contrairement aux pieds ! Un petit truc pour se tanner la peau : se frotter les pieds avec du citron pendant 10 jours... et éviter de se faire un thé au citron après :lol:
Citer
soph
0 #5 soph 08-06-2017 11:14
bel écrit pour une belle rando !
Merci pour ce partage. On imagine très bien les 4 drôles de dames en vadrouille !!!
Citer
Frantz
0 #4 Frantz 08-06-2017 06:54
Bravo les gibiers, elle avait l'air sympa et drôle votre sortie féminine mais quand-même physique hein !
Citer
Dailly cecile
+2 #3 Dailly cecile 06-06-2017 19:14
Bravo les filles super récit !!!! merci de nous faire partager des moments magiques!! Super idée de partage entre copine.....
Citer
Hub
0 #2 Hub 06-06-2017 17:16
bravo pour ce très beau récit plein de sens et de profondeur,
vous voilà bien dispo. pour de nouvelles idées à proposer aux 1000 pattes!!!
Citer
BERNARD alias Emile Pattes
0 #1 BERNARD alias Emile Pattes 06-06-2017 07:38
Merci pour ce beau récit roman d'aventures. Comme Stevenson,vous avez été inspirées, tout au long du chemin, par cette nature magnifique qui a certainement retrouvé calme et sérénité après votre passage ... :lol:
Citer