Ecrit par Auberie

 

Ce n'est pas le baby blues mais le blues après mon premier ultra trail qui me donne l'envie d'écrire pour partager mon expérience et mes émotions...               

               

                Aussi loin que remontent mes souvenirs, mes parents nous ont toujours emmenés, mes petits frères et moi, nous ressourcer, nous oxygéner quelques jours par an à Chamonix. Nous adorons cette vallée et l'atmosphère si mystique qui s'y dégage. On se sent parfois oppressé, intimidé par le Mont Blanc, et parfois, il nous illumine et c'est comme s'il nous montrait le chemin...

 

Comme mon père, j'ai toujours été attirée par les sommets... alors il m'a offert la chance de faire l'ascension du Mont Blanc pour mes quatorze ans. Ce 25 Septembre 2005, en compagnie de mon père sur le toit de l'Europe, restera à jamais graver dans ma mémoire.  Ce fut la grande aventure... le défis de mon adolescence.

Quelques semaines auparavant, fin aout, nous étions venus nous entrainer, manger du dénivelé, apprendre à cramponner, et s'acclimater à l'altitude. A notre redescente de la vallée blanche, une fois encore, nous avons été pris dans l'euphorie de l'ultra trail de Mont Blanc. Ce n'est pas la première fois qu'on assiste à cette course, mais je ne m'en lasse pas. L'émotion est intense à chaque départ et chaque arrivée, et les accords de Vengelis renforce cette sensation. J'admire ces hommes et ces femmes qui parcourent plus de 160 km avec 10000m de dénivelé positif...

Lors des six mois d'entrainement à l'ascension au Mont Blanc, nous avons été amenés à faire des footing d'une heure ... alors courir pendant deux jours en avalant plus de trois fois le dénivelé nécessaire pour atteindre le sommet de Mont Blanc ... je ne réalise absolument pas l'ampleur de l'exploit qu'accomplissent ces extra-terrestres. Les frissons me font dresser les poils en voyant tous ces courageux prendre le départ de telle épreuve ... Peu à peu je comprenais qu'après mon rêve du sommet du Mont Blanc, un autre défis se présentait à moi ... devenir une ultra traileuse ...

               

                C’est en 2012 que je découvre la course à pieds lors d’une session remise en forme. Le premier footing n’a pas vraiment été glorieux. Je comptais faire un aller retour de 12 km le long du court d’eau près de chez mes parents. Arrivée à 6 km, incapable de faire demi tour… on a dû me ramené en voiture …  trois ou quatre « joggings » plus tard, je décide sur un coup de tête de participer au semi-marathon de Nancy … Rentrée chez mes parents, fière d’avoir réussi ce petit défis personnel, mais bien cassée … défiante, je lance à mon père « et papa tu ne peux plus faire ce genre de chose, tu es trop vieux … ». En me regardant droit dans les yeux, il me répond : « Ma fille, on fait le marathon de Paris en Avril ?! » Et voilà…

Maman, je tiens à le souligner, si aujourd’hui je suis ce que je suis et fais ce que j’aime faire … c’est grâce à vous … C’est vous qui m’avez appris à vivre pleinement mes rêves et à être une fonceuse, alors arrête de râler à chaque fois que je trouve un nouveau défis ;) !

Nous avons moins de 6 mois pour nous entraîner à courir un marathon en démarrant de quasi zéro. Lors de cet entrainement, je découvre la rigueur des sessions, l’organisation nécessaire pour mener de front les études, la vie personnelle, les corvées de la vie quotidienne et les autres activités… (En plus cette année là, pour ne pas faciliter les choses, je prépare mon grand voyage au Népal de l’année suivante. Heureusement je n’ai pas d’enfant … je tire ma révérence à tous les parents qui pratiquent des activités prenantes à côté de leur vie de famille). Lors des sorties longues, je me remémore ce que j’avais appris pendant l’entrainement pour l’ascension du Mont Blanc bien des années plus tôt : la force de l’esprit à divaguer, voyager, à complètement se détacher du corps lorsque les douleurs apparaissent, mais aussi la force de l’esprit à visualiser l’objectif, se donner des jalons à courts termes pour avancer…

Le 7 Avril 2013, 2 jours après les 50 ans de mon père, nous franchissons main dans la main la ligne d’arrivée du marathon de Paris … une image de sport et de partage fabuleuse … Une course mythique sur laquelle je commence à percevoir le plaisir que procure l’endurance lorsqu’on repousse ses limites …

Les yeux rivés vers les montagnes et amatrice de course à pieds agréablement surprise par les sensations et l’émotion que procure les efforts d’endurance… c’est naturellement que j’allais me tourner vers le trail. C’était décidé après le GR20 en Aout 2015 avec les amis, je participerai à mon premier trail : le Haut Koenigsbourg en Alsace, 54 km 2200 m de dénivelé positif. Bien entendu ce trail n’a pas été choisi de façon innocente … cette course rapporte un (ancien) point UTMB aux finishers… ce qui autorise la participation au tirage au sort pour l’OCC (Orsière – Champex -  Chamonix, le petit format de l’événement UTMB).

Je prends un plaisir fou lors de mon premier trail, et le plaisir est à son comble passer les 5 heures de courses : « Voilà, je n’ai jamais couru aussi longtemps, je suis seule avec les jambes lourdes, il va falloir trouver le mental et la force de poursuivre … c’est bien pour cela que tu es ici non?! Alors avançons ! » Je suis finisher en 7h de course. Après cette première épreuve, tout s’enchaîne… Evidemment je m’inscris à l’OCC, et comme dirait  maman, « la petite fée au dessus de ma tête » fait en sorte que je soie tirée au sort… Cette fois la difficulté est un cran au dessus, alors je commence à m’entrainer plus sérieusement. Je m’inscris à l’Entente Chalonnaise d’Athlétisme où je rencontre de très bons coureurs et ultra traileurs qui me font rêver avec leurs récits que je ne me lasse pas d’écouter. Jean Christophe me transmets de nombreux conseils pour mes premiers trails longue distance. Les vignes de Bourgogne deviennent mon terrain de jeu, un terrain de jeu qui endurcie le corps et l’esprit, un terrain de jeu dans lequel je m’épanouie et me ressource plusieurs fois par semaine à la fin de ma journée de travail.

Ma vieille amie, Florine, a des fourmis dans les jambes et se lance également à cœur perdu dans le trail. On participe ensemble à la Transju’ trail. Sur le format 72 km 3200 m de dénivelé, je mettrai 11h30. Pour une première course de ce format, je gère très bien la fatigue et « les coups de moins bien », et ce trail me donne l’envie d’aller encore plus loin… C’est à l’OCC que je découvre les vraies difficultés de l’ultra endurance… Je souffre de la chaleur. Je comprends l’importance de l’alimentation, l’hydratation et la force mentale sur ce genre de course… Mon arrivée à Chamonix après 11h45 de course, acclamée par le public, sous le regard bienveillant du sommet de l’Europe que je regarde du coin de l’œil, restera un souvenir hors norme… c’est tout de même étonnant plus la souffrance est grande, plus la satisfaction et la fierté de franchir la ligne d’arrivée est forte… et addictif.

Il est clair que je deviens une adepte des courses longues.  Ces efforts longs me procurent des décharges d’adrénaline et d’endorphine qu’aucune autre activité ne peut satisfaire. Je deviens accros à ces états si difficiles à atteindre, lorsque la volonté de continuer devient plus forte que les douleurs du corps, c’est alors où nous entrons en une sorte de transe. Pour reprendre les termes de Stephane Brogniart : « Essayez de faire déborder la baignoire en gigotant dans tous les sens … vous vous épuiserez sans grand succès. Essayez alors avec une seule main de faire des mouvements de va-et-vient en vous concentrant simplement sur l’onde de résonnance … la baignoire débordera sans dépense d’énergie ». Il est tellement addictif que de trouver ce mouvement de résonance en courant … cela ne dure généralement qu’un temps, quelques kilomètres, mais à cet instant précis toutes les souffrances, les doutes se dissipent, et le corps progressent à l’unisson avec la nature qui l’entoure. Lors des ultra trails, même si j’admire tous ces grands champions qui se livrent bataille dès les premiers kilomètres, pour chaque coureur, la bataille est avant tout avec soi-même. Nul ne connaît l’issue d’une épreuve d’ultra trails, ni les ressources physiques et mentales qu’il va falloir aller puiser pour boucler cette folie… C’est une remise en question permanente.

En octobre 2016, après mon avoir quitté Chalon pour descendre un peu plus au sud et m’être installée à Macon, je rencontre de nouveaux grands coureurs : les 1000 pattes ! Un vrai régale de courir avec cette association où la bonne humeur règne ! Je m’entraine avec un petit groupe de traileurs aguerri. Ma fois pour leur grand âge ;), ils courent plutôt bien ! Des excellents coureurs humbles et agréables coéquipiers ! Après un petit coup de pouce de Yann qui me persuade de tenter la TDS 2017 … le challenge est accepté !

Pour préparer la TDS 2017, cette année je me suis lancée dans un entrainement semé d’embuches pour la Maxi Race à Annecy, 83 km et 5200 m de dénivelé positif. Peut-être à cause d’un entrainement trop intense ou plutôt une mauvaise gestion de l’entrainement, une tendinite m’a obligée à fortement lever le pied. Je me présente sur la ligne de départ fébrile, en espérant tout d’abord que ma cheville convalescente tienne tout du long, et surtout que les jambes qui ne sont pas aussi affutées que je l’espérais me portent le plus loin possible. La première partie de la course se passe étonnement bien. Le corps est reposé et je le sens. A mi course, à Doussard, je découvre le plaisir des soupes chaudes, ça requinque vraiment sur les courses longues. Je rassure mes supporters, mon état n’a rien à voir à celui de la fin de mon OCC l’année précédente où j’étais vraiment bien amochée. Je repars avec  le sourire pour la deuxième partie de la course, et aussi la plus belle. Je gère la chaleur, l’alimentation et l’hydratation. Je ne ressens pas le besoin de faire une sieste. Alors j’avance. Je souffle dans les montées, pendant lesquelles je m’aide des bâtons pour soulager les jambes, et je fais redescendre le rythme cardiaque. Les descentes sont plus compliquées musculairement. Enfin, je reconnais les crêtes du mont Verrier. Le paysage est magnifique et encore éclairé par le soleil, ce qui est de bon augure, je suis largement en avance sur la barrière temps ! J’attaque la longue descente vers Annecy le vieux en réalisant que je vais franchir la ligne d’arrivée. Victoire en 16h04 ! Je suis fière.

Après une récupération rapide, je recommence un entrainement régulier, mais plaisant et peu traumatisant pour le corps. Pierre et Jean Charles m’embarquent sur le trail de Val d’Isere, une course splendide partagée avec des fidèles compagnons ! Je me sens particulièrement bien à la fin des 10h d’effort. Il semble que mon corps ait assimilé ce format de course. Encore une sacrée marche à franchir pour le TDS. Les vacances en Islande m’ont permis de mobiliser avec douceur le corps lors de randonnées et trek de plusieurs jours, mais aussi de le reposer. Je rentre de vacances en forme. C’est la fin d’un entrainement physique et psychologique… A la veille de la course je suis à la fois combative et humble …

Et bien voilà, nous y sommes, la ligne de départ de la TDS (La trace des Ducs de Savoie) 2017. Comme je m’y attendais, l’émotion est à son comble pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que je ne suis pas seule à m’élancer pour cette aventure. Tellement de personnes me suivent et me soutiennent… ça fait chaud au cœur. Hier soir nous n’étions pas moins de 10 personnes autour de la table pour partager le traditionnel plat de pâtes d’avant course. Tant de personnes seront également devant leur ordinateur pour suivre en direct mon évolution : les 1000 pattes, les coureurs de Chalon, les collègues, la famille, les amis… Même si je me répète qu’il s’agit de MA course, et qu’il ne faut pas que je me mette une pression supplémentaire, je ne peux également m’empêcher de penser que je n’ai pas le droit de les décevoir …  Ensuite parce que depuis 2015 que je me suis mise au trail, j’ai passé de nombreuses heures à m’entraîner. Je ne parlerai pas de sacrifices parce que c’est toujours resté pour moi un plaisir, mais des concessions, c’est sûr qu’il a fallu en faire. Il y en a juste une que je regrette de ne pas avoir faite : j’aurai dû m’abstenir de faire une randonnée deux jours avant le départ… j’y reviendrai. Et enfin, parce que l’organisation de cet événement est magnifique et que tout est fait pour que chaque coureur ait l’impression de vivre la course de sa vie…

Un couple d’ami, Edouard et Ophélie, coureurs tous les deux, et mon chéri pour qui l’assistance sur une course est le baptême du feu, m’ont accompagnée au départ à Courmayeur. Je n’arrive pas à réaliser que je pars pour une trentaine d’heure d’effort… Sur la musique de Pirates des Caraïbes, à 6h du matin le 30 Aout, les 1800 coureurs dont je fais partie s’élancent avec une seule idée en tête : rejoindre Chamonix.  Au départ, je suis dans les derniers coureurs. Dans le premier raidillon, je décide de fournir un effort pour me replacer au milieu de la foule… les barrières temps m’inquiètent, je ne veux pas rester à la fin de peloton et être trop ralentie dans les montées où il sera impossible de doubler. Le soleil se lève pour révéler l’impressionnant glacier de la Brenva. Il fait bon, ni trop chaud, ni trop froid, et suivant le relief, nous sommes parfois dans les nuages et parfois nous surplombant une mer de nuages laissant apparaître les sommets. Au niveau du lac Combal, l’atmosphère est magique. Je vois pour la première fois mes supporters que je ne verrai ensuite qu’au col du petit Saint Bernard.

Nous arrivons aux premiers cols dignes de ce nom. Les paysages sont sauvages à souhait. Je me sens particulièrement bien dans les montées. Un rythme régulier, ni trop lent, ni trop rapide. Il faut gérer l’effort, ne jamais se mettre dans le rouge, et pour autant il faut avancer. Ça fait toujours du bien de voir les kilomètres défiler. Dans la première descente plutôt roulante, les premières inquiétudes apparaissent… Mes quadriceps sont durs… Deux jours avant la course, mon père, mon frère, mon copain et Charlotte, une de mes meilleures amies, ont fait la jonction, une randonnée spectaculaire qui permet d’aller jusqu’à l’intersection des glaciers des Bossons et du Taconaz. Je connais cet itinéraire par cœur… Je les accompagne en me promettant de m’arrêter avant le sommet… Mais je me suis finalement stoppée lorsque ma nouvelle montre high tech m’a indiquée que j’avais fait déjà 1000 m de dénivelé positif… trop à moins de 48 h de la TDS… je n’aurai jamais dû les accompagner, ma l’appel de la montagne a été trop fort au pied de ces géants d’Europe… Dans la descente, j’essaie de me raisonner… de toute façon j’aurai les jambes lourdes et douloureuses à un moment ou à un autre, il faut que je chasse ces incertitudes de mon esprit, que je reste régulière et sereine.

Arrivée au col du petit Saint Bernard dans un décor encore plus beau, je retrouve mes parents, mon frère et sa copine en plus d’Edouard, Ophélie et Yo. Des supporters au top ! Mieux que la caravane du tour de France. J’arrive en forme et mes parents immortalisent une carte postale : photo de cul en pleine course dans un cadre grandiose !

Ensuite une longue descente m’attend jusqu’à Bourg Saint Maurice. Je m’économise dans cet intervalle de la course, parce que tout le monde le dit, la course commence à Bourg Saint Maurice. Surprise à Bourg ! Eric des 1000 pattes m’y attend ! Il m’informe que Yann, qui lui aussi a pris le départ, va bien également. Nous avons tous les deux « bonne mine » ! Yo endosse le rôle d’assistant qu’il réalise parfaitement bien. Il s’occupe de mon sac à remplir, et de mon mental à maintenir. Et il en faut, parce que je sais qu’après Bourg, commence une grimpette interminable de 2000 m de dénivelé. Je repars avec Eric qui m’accompagne pendant quelques minutes. Cette montée écrème … beaucoup de coureurs y laissent des plumes. Pour ma part, ça ce passe bien, je m’efforce d’être un métronome. Après réflexion, je décide de m’accorder une petite pause après avoir passé le fort de la Platte et avant le raidillon technique des passeurs de Pralognan. La fatigue commence à pointer le bout de son nez, il fait bon et j’ai le sentiment que je me sentirai mieux en pleine nature pour faire un petit somme plutôt que plus tard lorsque la nuit sera tombée dans les bases nuits qui seront en effervescence à ce moment là. Je m’endors 13 min exactement à l’écart du chemin, dans un cadre assez bucolique. Passé le col des passeurs de Pralognan, le chemin est très technique avec des passages avec main courante. C’est vertigineux, j’adore ! J’atteins le chemin plus large où Eric m’y attend. On fait ensemble les deux kilomètres ensemble en footing, ça fait du bien de courir un peu, ça me dégourdie les jambes. Mon arrivée au ravitaillement de Roseland annonce l’entrée dans la nuit. Une nouvelle épreuve pour moi, une première !

Après m’être particulièrement bien ravitaillée : soupe de nouilles, pâtes, sans oublier saucisson et fromage, je m’élance à la frontale. Un pied devant l’autre. Contrairement à ce pourrait penser, pendant la nuit c’est comme si les difficultés s’effaçaient. Je crois que maman n’est pas rassurée… mais au départ de Roseland tout va bien. La fatigue et la lassitude se font sentir dans la descente de la Gitaz. Il n’est pas minuit, et je pique déjà du nez… la nuit va être longue. Edouard, Ophelie Et Yo m’attendent à la Gitaz. Je décide de faire une pause de 15 minutes dans un lit à disposition des coureurs, mais impossible de m’endormir. Mes proches s’aperçoivent qu’avec ma veste de pluie, je suis trempée de sueur. Je me change et je repars à l’assaut du col du Joly. Pendant la première partie je me refais une santé. Rien à faire, je suis une grimpeuse plus qu’une descendeuse ! La deuxième partie est très caillouteuse, et difficile mentalement parce qu’on aperçoit les frontales arrivant au col du Joly au loin, la route y est longue. Je me tors plusieurs fois les chevilles, et à chaque fois c’est un coup au moral. Avec la fatigue, chaque douleur est un coup de massue. Enfin le ravito, et papa et maman qui m’y attendent. Ça fait du bien de les voir au beau milieu de la nuit. Je profite d’un gros coup de vent à l’extérieur pour restée abritée cinq minutes avant d’attaquer la descente vers les Contamines Montjoies. Cette partie de la course est longue. Les descentes deviennent douloureuses. Je ne sais pas s’il vaut mieux courir ou bien marcher pour éviter de traumatiser les muscles. Je discute un peu avec des compagnons de courses, et finalement les Contamines apparaissent ainsi que tous mes supporters qui m’attendent de pieds fermes. Ravito et sieste sur les jambes de Yo qui gère parfaitement bien mon sommeil. Il me laisse simplement m’assoupir avant de me réveiller pour ne pas que je sombre dans un sommeil trop profond. Et heureusement, parce que déjà au bout de 15 min les jambes sont extrêmement raides, mes muscles sont durs ! Après 23 h de course, c’est la tête qui va devoir prendre le relais des jambes. Il est 5h15 quand je repars des Contamines sur un sentier qu’à présent je connais.

Il me reste un peu plus de 20 km à parcourir. Yo me rassure, bientôt le soleil va se lever, ça va me réveiller et me stimuler. Je sais que l’arrivée au chalet du Truc n’est pas bien difficile … enfin, en temps normal lorsqu’on à pas fait presque 100 km avant… C’est impressionnant ce que le corps humain est capable de faire et d’endurer … Un pied devant l’autre, progressivement, et les muscles se réchauffent… en me remémorant les moments entre amies à ce même endroit cet hiver, les moments en famille un peu plus haut dans la vallée en contrebas de l’aiguille de Bionnassay que j’aperçois bientôt … je suis repartie… ces souvenirs de partage en montagnes m’accompagnent  jusqu’au pied du fameux col du Tricot sans que je me rende compte de la durée écoulée. La ribambelle de frontales jusqu’au sommet est magnifique est impressionnante ! Combien de fois pendant l’entrainement j’ai rêvé de ce moment, où je serai littéralement face au mur, avec temps de kilomètres déjà avalés. Je commence à percevoir qu’à présent, il ne peut être autrement qu’une fin de course heureuse à Chamonix… Restons concentrée et déterminée. Je crois qu’il est temps d’avoir un peu d’aide… Je sors mes écouteurs, et je mets en boucle les musiques de films. Je suis d’attaque pour franchir à mon tour ce col. Les musiques des films Gladiator, Kingdom of heaven, le dernier des Mohicans, sans oublier la célèbre Conquest of Paradise d’Evengelis qui a l’honneur tous les ans d’accompagner le départ de l’UTMB, me donnent des ailes, me rendent plus combative, et malgré la pluie et la douleur, je sourie et j’avance progressivement. Dans cette ultime montée j’aperçois un chamois. Je me souviens alors pourquoi j’aime courir en montagne, je cours pour la beauté du moment. Et voilà le col est franchi… J’entame la longue et irrégulière descente jusqu’aux Houches. Je pense aux personnes qui sont parties qui auraient été fiers de moi, et bien entendu, la descente fait écho à notre ascension du Mont Blanc avec mon père en 2005, lorsque nous étions redescendus dans la vallée par le même chemin…

Je crois bien que je suis amochée à mon arrivée aux Houches. Mes jambes sont plus dures que le béton sur lequel je viens de courir ces deux derniers kilomètres avant de rejoindre le centre de la petite ville. Cette fois au ravito je m’arrête à peine, les jambes me font trop mal, je sens que si la pause est trop longue je souffrirai d’avantage en repartant. De toute façon il me reste 8 km en faux plat montant à parcourir pour rallier la ligne d’arrivée, à ce stade je n’ai plus besoin de me ravitailler… J’ai l’impression qu’il n’y a pas d’autre solution que de marcher pendant deux heures pour atteindre Chamonix … Et pourtant … Si la tête prend le dessus sur les jambes tout est encore possible !  Mes proches me donnent rendez-vous à Chamonix … un footing de recup après ces 110 km de montagne ? aller ! 

C’est finalement en courant le long de l’Arve que d’abord mes parents m’aperçoivent, puis qu’Edouard et Yo m’accompagnent jusque dans le centre de Chamonix. Le moment est émouvant … La foule acclame tous ces coureurs finishers qui ont bouclé leur TDS, nous sommes tous des champions ! Je vie un moment unique et intense … Je savoure l’instant et après presque 29 heures d’effort, j’en oublie la fatigue et les douleurs ! Je retrouve mes proches, eux aussi émus, pour partager ce moment. Un grand grand merci à eux qui m’ont apporté tellement de réconfort et de force quand j’en avais besoin !          

Après une bonne bière et une fondue, suivie d’une petite sieste bien méritée, je retrouve Flo rayonnante sur la fin de l’OCC ! Elle finie en beauté en 10h25! Je suis fière de nous !!!

Beaucoup se posent la question mais pourquoi ? Pourquoi t’infliges-tu cela ? Pourquoi tu cours autant ? Tout d’abord je cours parce que je peux le faire. Pourquoi piétiner lorsqu’on peut danser ? Pourquoi murmurer lorsqu’on peut chanter ? Pourquoi haleter lorsqu’on peut respirer ? Pourquoi s’arrêter lorsqu’on peut continuer ? Pourquoi marcher lorsqu’on peut courir ? Pourquoi patienter lorsqu’on peut vivre ?

Je cours pour tous ceux que ne peuvent pas le faire. Je suis en bonne santé, en forme physiquement, bien dans ma tête et mes baskets. On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve. Alors n’attendez plus pour vivre vos rêves ! C’est ici et maintenant.

Je cours parce que j’en ressens le besoin. Parce que je suis adepte de la sensation de me retrouver seule en face de la difficulté, me surpasser pour aller de l’avant en allant puiser dans ce qui m’entoure : mes proches, la beauté de la nature… De façon très égoïste, et je m’en excuse auprès de tous ceux qui me soutiennent depuis le début, je cours pour moi … je veux dépasser mes limites personnelles. Je n’ai nul besoin de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit… sauf à moi-même.

Enfin, je cours pour m’évader. Les décharges d’adrénaline à la fin lors d’un entrainement au couché du soleil sur les roches de Solutré et Vergisson, lors d’une rencontre avec une biche dans le brouillard de la forêt, ou lors d’un entrainement partagé ou le plaisir de courir ensemble est décuplé … ces décharges procurent un plaisir intense, simple est authentique !

Lorsque je m’endors devant la télévision à écouter les informations annonçant un nouvel attentat où l’évolution des guerres dans le monde, lorsque je suis derrière mon ordinateur à mon poste de travail pour faire fructifier un groupe industriel agroalimentaire, lorsque je somnole dans une relation d’habitude au sein d’une société où il faut construire sa vie de manière sereine pour sécuriser son avenir … j’ai comme une pression permanente sur la poitrine m’empêchant d’ouvrir grand ma cage thoracique pour prendre une bouffée d’oxygène et respirer à larges poumons. J’étouffe dans une vie grisâtre où tout est dénué de sens… Ce brouillard dense de ma vie qui m’empêche de me sentir totalement libre se dissipe totalement lorsque je me retrouve en nature, que ce soit en montagnes, dans des rizières, en campagne, où face à l’océan. Tout s’illumine lorsque je profite des instants précieux entre amis et avec ma famille, que je découvre de nouvelles cultures, que je rencontre de nouveaux peuples, que je fais de nouvelles expériences… Tout  a  à nouveau du sens lorsque je prends des risques, que je me surpasse, que je vais plus loin et encore plus loin… Lorsque je VIE VRAIMENT, sans retenue ni frustration …

Lors des trails longs, j’ai passé de nombreuses heures à parcourir les montagnes et songeant à cette évasion. L’ultra trail m’a appris à vivre mes rêves pour ne jamais avoir de regret… Tout le monde est capable d’atteindre ses objectifs, à condition de s’en donner les moyens et de croire en soi. Il ne faut pas enfouir ses envies, mais au contraire il faut être à l’écoute de soi-même, accepter et embrasser ses rêves et ses défis.

Ainsi, après une introspection personnelle, comme un voyage à l’intérieur de ma tête et de mon cœur, j’ai compris que mes prochaines aventures seraient ailleurs. Même si une partie de mon cœur restera à jamais avec les personnes qui me sont chères,  avec qui j’ai vécue ou celles ont croisé ma route … J’ai décidé de quitter ma stabilité et ma routine pour m’épanouir pleinement, croquer la vie à pleine dents, vadrouiller, découvrir, et courir par delà les montagnes… Mon regard est à présent tourné vers  l’Inde, le Népal, et l’Amérique du Sud dans un premier temps. Pourquoi pas l’ultra trail de Patagonie en Avril 2018 ?

Commentaires   

gillou
0 #7 gillou 23-09-2017 23:30
Félicitations et respect pour tes courses. un conseil, tu devrais écrire des livres, tu es très douée. on à l'impression de lire un roman.Comme d'habitude je ne termine pas la lecture de tel récit de courses sans avoir les yeux humides. :-) Continue de suivre tes rêves
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Sandie
0 #6 Sandie 23-09-2017 15:34
C'est magnifique. En plus d'avoir le physique tu trouves aussi les mots pour nous faire part de tes émotions et ressentis.
Bravo
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Hub
0 #5 Hub 23-09-2017 12:11
Nous n'avons pas tous le physique pour t'accompagner sur les sommets, mais le cœur des 1000 pattes sera présent auprès de toi.
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Denis P
0 #4 Denis P 22-09-2017 06:29
Bravo Auberie pour ta course, avec en bonus un petit saut de côté sur la ligne d'arrivée après 117km ! Beau récit de course et de vie, plein d'émotion et de réflexion. Continue de répandre tes éclats de rire à travers le monde... et peut-être à un de ces jours à Chamonix ou Katmandou !
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BERNARD alias Emile Pattes
0 #3 BERNARD alias Emile Pattes 19-09-2017 23:07
Un grand bravo Auberie pour cet exploit.et pour être allée au bout de tes rêves. Par ses difficultés, cette course aurait pu tourner au cauchemar, mais ton énergie et ton mental ont été plus forts
Merci pour cet Ultra récit qui fera rêver plus d'un 1000 pattes et donnera des envies à d'autres pour t'accompagner sur ton prochain défi...peut être l'UTMB
En attendant , récupération indispensable
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Denis
0 #2 Denis 19-09-2017 20:57
Un beau recit de cette progression en trail, et Quelle Progression ! Mais ce que je retiens, c'est l'envie de sortir du quotidien et d'un certain confort pour decouvrir d'autres horizons, d'autres gens tout en cherchant a depasser progressivement ses limites. Merci d'avoir partager un petit bout de chemin avec les 1000 pattes et bonne route pour la suite.
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praline2102
0 #1 praline2102 19-09-2017 10:39
Nous pouvons qu'être admiratif d'une telle épreuve avec ses 7200mD+, Félicitations pour ta belle course et de ton beau récit qui nous donne la chaire de poule, on vit ta course pleinement, pour avoir vécu l'ambiance pendant la semaine à Chamonix en tant que spectateur, on se sent transporté dans un autre monde avec 150 nationalités différentes, il faut vraiment aller voir sur place pour se rendre compte, RESPECT à toi et prochaine étape au pays du Mont Blanc l'UTMB .... à suivre...
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